Lieux-ditsL'expérience

Un village au fil des heures, du matin au crepuscule.

Ce qui reste après la promenade

« Sur Saillans, j'ai eu l'audioguide qui me disait que j'étais en fait dans l'eau si j'avais été quelques millions d'années en arrière. Et que les Trois Becs, c'était des sédiments, et qu'ils étaient blancs parce qu'ils faisaient partie du fond de la mer. »

Une auditrice, plusieurs semaines après la promenade.

Elle n'a pas retenu la date de fondation du village. Elle a gardé le vertige d'avoir eu, un instant, la mer au-dessus de la tête. Un récit qui lui aurait récité l'histoire administrative de la commune n'aurait rien laissé du tout.

C'est pour cela que nos promenades passent par la pierre, par le fait de lever la tête, par le temps qu'il faut pour regarder.

« Croix de chemin, granit et ardoise, mille cinq cent seize » est une phrase exacte, et il n'en reste rien une heure plus tard. Nous écrivons pour ce qui se retient.

Ce que l'on vit, casque aux oreilles

Une voix naturelle, au débit de la marche. Le récit laisse le silence qu'il faut pour lever la tête vers la corniche dont il vient de parler, poser la main sur le silex d'un mur, reconnaître le grès sous le lichen, distinguer le hêtre du charme, entendre les martinets tourner autour du clocher.

Le récit dit où regarder, et il attend. C'est la différence entre écouter un texte et visiter un lieu.

Un support visuel à l'expérience auditive

Le texte est affiché à l'écran, et la phrase entendue s'y surligne au mot près. On rattrape ainsi le passage sur lequel l'attention avait glissé, et l'on relit chez soi ce que l'on a écouté en marchant.

Une carte situe chaque étape et suit la position : on sait toujours où l'on est, et vers quoi l'on marche.

Deux personnes écoutent la même promenade en même temps, sur deux téléphones, à la même seconde du récit, de quoi partager la marche sans partager un écouteur.

Tout est chargé avant le départ : au fond d'une valleuse sans réseau, le récit continue.

Un même village, plusieurs promenades possibles

Un village ne se raconte pas d'une seule façon. L'angle se choisit avant l'écriture, et il change tout : le parcours, les étapes, le vocabulaire. Nos promenades croisent déjà ces registres : on y lit le bâti, le sol et les métiers d'autrefois. Ce qui se commande, c'est de faire de l'un d'eux l'angle dominant, celui qui décide du parcours et de ce qu'on laisse de côté.

Le promeneur du dimanche

L'angle dominant de toutes nos promenades publiées

Une demi-heure, une boucle, des histoires. Ce qui s'est passé ici, qui y a vécu, pourquoi la rue porte ce nom. C'est la promenade par défaut.

Celui qui regarde les bâtiments

Présent partout ; en angle dominant, sur commande

Le clos-masure et son talus planté, le colombage sous l'enduit, le silex taillé en damier, la charpente qu'on devine à la pente du toit. Une lecture de l'architecture, dans l'ordre où elle se donne à voir.

Celui qui regarde le sol et le vivant

Présent partout ; en angle dominant, sur commande

La craie et son eau, la valleuse creusée, la falaise qui recule de vingt centimètres par an, les essences du talus. Géologie et paysage, à hauteur de chaussure.

Celui qui vient pour le terroir

Présent partout ; en angle dominant, sur commande

Ce que la terre a donné, ce qu'on en a fait, ce qui se boit et se mange encore aujourd'hui. Les métiers disparus qui ont dessiné le bourg.

La famille avec des enfants

Sur commande

Des étapes plus courtes, une voix plus lente, des choses à chercher des yeux plutôt qu'à retenir.

La voix et le débit se choisissent de la même façon. Un récit trop rapide empêche de voir, un récit trop lent décroche : le réglage se fait à l'oreille, sur le parcours réel, et il est mesuré avant l'enregistrement.

Comment une promenade est fabriquée

La recherche précède l'écriture, et elle est outillée.

Chercher là où dort la richesse du patrimoine

Sociétés savantes, archives départementales, revues d'histoire, bulletins municipaux, presse régionale, dépliants d'offices de tourisme, inventaires du patrimoine. Nous ratissons tout ce qui a été numérisé sur votre commune, et rien de tout cela ne remonte dans une recherche ordinaire.

Un exemple, et il est vrai. Rainfreville, en Seine-Maritime : soixante-quatorze habitants. Sa page Wikipédia n'a même pas de rubrique « Histoire », et le principal moteur de recherche universitaire français ne connaît pas son nom. En cherchant ailleurs, nous avons trouvé six articles de revues d'histoire qui parlent d'elle. Entre autres : une habitante, Anne Pillon, a signé le cahier de doléances du village en 1789, ce qu'une historienne qualifie de fait exceptionnel, parce qu'en 1789 les femmes ne signaient pas. Et l'homme qui a inventé le compteur de vitesse des locomotives françaises est mort ici : le village a donné son nom à sa rue principale.

Aucun panneau ne dit tout cela sur place. Personne, dans ce village, ne peut le raconter à un visiteur. C'est exactement le travail que nous faisons.

Vérifier dans les travaux universitaires

Ce qu'on lit sur une commune vient souvent d'un ouvrage recopié d'un autre : nous remontons systématiquement à la source. Sur l'une des communes déjà traitées, cette vérification a corrigé de dix ans une date que donnait Wikipédia, grâce aux travaux publiés d'une société savante normande.

Remonter jusqu'à la source de chaque histoire

Une date retrouvée dans le bulletin d'une société savante, le nom d'une femme au bas d'un cahier de doléances de 1789. Sur les promenades que nous produisons aujourd'hui, le texte défile sous vos yeux pendant l'écoute et chaque histoire y porte un petit numéro : touchez-le, et le document d'où elle vient s'ouvre, avec son auteur et son année. Tout cela a eu lieu, ici, sous vos pas, et vous pouvez aller y voir.

Marcher la promenade avant vous

On la parcourt casque sur les oreilles, pour voir si la voix arrive au bon moment devant la bonne façade, et si la marche d'une étape à la suivante se fait sans s'essouffler. Un passage qui s'étire alors qu'il n'a plus rien à raconter est raccourci ; une histoire déjà entendue plus haut est retirée. La promenade ne sort que lorsqu'elle se tient d'un bout à l'autre.

Aligner le texte sur la voix, au mot près

Une fois l'enregistrement fait, le texte est recalé sur l'audio réel afin que la phrase affichée soit exactement celle que l'on entend, de la première à la dernière étape.

Écouter vaut mieux que lire une page.

Trois minutes prises au milieu d'un parcours réel, sans rien installer, disent en une écoute ce que cette page décrit en mille mots.

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